Ceux qui écrivent
Réalisateurs, illustrateurs, hommes de sciences et hommes de lettres, personnalités politiques et culturelles, Ruptures – Ados à Paris fait appel à eux pour écrire un texte court sur le thème de l’adolescence.
Histoire vraie, souvenir personnel ou fiction, découvrez dans la suite des histoires originales et inédites qui vous feront retourner quelques années en arrière.
Auteurs
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Hedwig Marzolf |
Si la liberté pour l’homme consiste à devenir ce qu’il est, l’adolescence – qui, selon l’étymologie, signifie quelque chose comme « l’état du devenir » − est le moment du maximum de liberté. Non pas qu’à l’âge adulte, nous ne soyons plus libres, mais la liberté y prend la figure grave de la responsabilité ; nos actes y ont le poids des conséquences à assumer. L’adolescence, au contraire, doit pouvoir goûter la liberté pour elle-même, jouer avec elle, de manière légère, l’expérimenter sans être attachée par les conséquences. A l’adolescence, il faut pouvoir rêver sa vie, se prendre pour un héros de roman d’aventures. Car, sinon, comment apprendre que le monde est différent des rêves, mais qu’on peut leur rester fidèle en transférant leur énergie dans l’action concrète, aux effets limités mais réels ? Il y a un chemin qui mène des rêves, des illusions au beau sens du terme, à l’adhésion au monde, à l’acceptation de la société, comme Goethe l’avait déjà montré dans son roman les Années d’apprentissage de Wilhelm Meister. On ne peut pas vouloir l’arrivée sans le départ. Je vois ainsi dans la privation de ce “droit de rêver sa vie” la source profonde d’une « rupture » avec le monde. Car alors le monde n’est effectivement que dureté, hostilité, accablement, découragement, auquel, si on ne veut pas s’y abandonner, on ne peut vouloir échapper que par la fuite, le déni. Il faut donc que nous, les adultes, veillions à préserver les conditions sociales, économiques, politiques, pour que les adolescents continuent de rejoindre le monde à partir de la force de leurs rêves. Hedwig Marzolf (Strasbourg 1976). Philosophe. A participé en 2004-2005 au projet d’expéditions « les 12 peuples de l’eau » à bord du trois-mâts goélette La Boudeuse et à la réalisation d’un film documentaire sur les Indiens Yuhup d’Amazonie. A soutenu en 2007 une thèse de philosophie à l’Université Paris IV-Sorbonne intitulée « Une morale de la finitude. Contribution kantienne au débat contemporain entre théologie et philosophie ». |
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Je n’ai gardé de mon adolescence que le souvenir d’un grand vide. Un blanc. Une sorte de désert qu’il m’est de plus en plus difficile de localiser aujourd’hui. Quel fut l’âge de mon adolescence ? Je suis incapable de le situer. 14, 15 ans ? J’ai toujours eu le sentiment que c’est le regard d’autrui qui décidait de cette époque de transition. Mes parents excusaient mon agressivité et mon excessive timidité en disant : « Il est dans l’âge bête ». Le médecin de famille préférait parler, lui, d’ «âge ingrat». Je devais être un adolescent difficile, ce qui est une redondance. La « difficulté » de cet âge est une étape indispensable, un vrai rite de passage. Si l’on n’est pas « difficile » à ce moment de la vie, on risque de le devenir une fois adulte, irrémédiablement. Auteur de La Lutte avec l’Ange, La Table Ronde, 2001 – 31, allées Damour : Raymond Guérin, 1905-1955, La Table Ronde, 2004, La maison du retour, Nil éditions, 2007. Courlande, Fayard, 2009 |
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J’avais dix ans. La nuit je ne pouvais dormir tellement il me semblait que c’était une perte de temps. Auteure de La Douceur des Hommes Stock 2005, Étoiles Flammarion 2006, Col de l’Ange Stock 2007, Les Mains Nues Stock 2009
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- Tu parles anglais ? Je m’étonne. - Où as-tu appris toutes ces langues ? Au lycée ? Dibisome fait tomber son baluchon, glisser la fermeture éclair. De son bagage plat comme une limande, il extirpe deux livres de poche, me les pose dans les mains. Dos corné, de grandes traces de sueur sur la tranche, pages défraîchies, les deux dictionnaires français-anglais, une impression locale haïtienne, sont un trésor. Qu’aurais-je sauvé à son âge si ma maison s’était écroulée ? Auteure de Pas du tout mon genre, Editions des Equateurs (2006), Pocket (2009), Ça ne se fait pas, Editions des Equateurs (2004), Pocket (2006).
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Si tu peux voir battus tes records sur la Wii Si tu peux sur Facebook demeurer populaire Alors les Boss, les Dieux, la Chance et la Victoire Tu seras un homme, mon fils. Pastiche de If de Rudyard Kipling envoyé par Christine Kerdellant*, maman de Pierre-Alexandre, un ado de 12 ans, passé en un an de 1,40 m à 1,62 m… et du 36 au 43 en chaussures de foot. Directrice-adjointe de la rédaction de l’Express, auteur d’une douzaine d’essais et de romans dont « Dix minutes après l’amour » et « Les enfants-puce ». |
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Je me souviens de tout. Même si c’est comme un rêve. J’ai 15 ans, un alezan têtu, un chien ébouriffé et lunatique, et il n’y a plus d’école à Tananarive. Mon frère et moi vivons un peu comme des sauvages loin de la capitale malgache, loin des autres, de la France aussi qui est devenue une sorte de mirage… Ici, la saison des pluies est notre préférée. Elle nous isole plus encore. Il pleut durant des semaines sur les dix mille collines rouges. Une pluie rageuse, obsédante, qui zèbre le ciel de ses éclairs d’étain et couvre nos faits et gestes. Une pluie-monde qui coupe la route d’Ambohimanga, transforme les sentiers en rivières et les rivières en rapides. Nous ne sortons plus de nos chambres qui résonnent. Nos voix sont effacées par le tonnerre. Nous lisons férocement comme des ogres, oubliés dans la maison-radeau. Nous sommes amoureux des deux jeunes créoles de la maison Mauve qui rient derrière les goyaviers… Aux rares accalmies, mon frère et moi traversons vite les jardins noyés pour rejoindre ces filles. Ravies, affolées, elles chuchotent alors nos prénoms dans leur véranda embuée où elles tournent, prisonnières des ces jours trop noirs. Je confonds notre audace commune, cet élan insensé avec mon adolescence. Je n’ai pas tort. Nous sommes tous quatre des oiseaux électriques dans la vie qui s’ouvre. La leur, la nôtre. Partagée de nos huit mains qui tremblent. Auteur de Il faut se quitter déjà Livre de Poche |
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« …1968. Tu as 16 ans et ta révolution c’est le sexe, Celui-là te plait Beau gosse du lycée Auteure de contes pour enfants |
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Il m’a appelée chaton. « Bonjour chaton » il était perché sur son échelle ou sur un échafaudage. Je passais dessous, j’étais invisible, inodore, sans saveur. Il m’a vue. Auteure de Berlin 73, éditions Gulf Stream |
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Qui voudrait nous faire croire que les adolescents ne sont ni enfants ni adultes, alors que tous les parents savent bien que par définition, ils sont les deux à la fois ! Ces adolescents ont la fabuleuse capacité au cours de la même journée, de se réveiller bébés et, le soir de se coucher adultes (ou inversement). Car la clé de leur développement est simple (en théorie) : elle consiste à se poser simultanément deux questions contradictoires qui doivent avoir la même réponse. Incompréhensible me direz-vous ? Pour y voir plus clair, mettons cette phrase en pratique à travers un exemple concret pris parmi beaucoup d’autres : Auteur de Nous sommes des parents formidables, éditions Flammarion |
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J’ai quinze ans. Je suis en colère. Je n’ai envie de rien. J’ai mal au dos, au ventre, au cœur, à la tête. Je déteste être vivante. J’aime être vivante. Je sens le sang qui circule partout dans mon corps comme une eau légèrement pétillante. Je sens le sang qui circule partout dans mon corps, comme une boue, une vase. Je me sens légère euphorique puissante immortelle. Je me sens si fragile et si grise (j’ai tellement froid). J’ai envie de m’emplir de voyager d’aimer de bousculer de retourner la terre. Je n’ai envie de rien. Je me sens si belle si laide si désirable si transparente. Je suis paisible et heureuse. Je suis désespérée. Auteure notamment de La Main de l’aviateur, éditions du Rouergue et Pour le meilleur, éditions Grasset jeunesse |
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Adolescence. Auteur notamment de Les pierres du silence, éditions Hachette |
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“ Adolescente, ma catégorie. 16 ans, mon temps. Transparente, ma trace. Auteure notamment de Les Cavaliers des Lumières, éditions Plon Jeunesse |
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L’adolescence ? Le premier mot qui me vient à l’esprit est “prison”… Prison de l’esprit car, alors que l’on voudrait exister, on est là, se débattant dans son impuissance à communiquer, à se faire entendre, à se faire comprendre, à être reconnu. On avance à tâtons, dans l’obscurité de ces sentiments houleux et contradictoires dont on ne sait que faire, cherchant la porte de sortie vers l’âge adulte, sans la trouver ; de rage on hait et on se hait, dans un tel vertige qu’il donne mal au cœur… Auteure notamment de Pourquoi des choses tome I et II et j’imprime pas ou 10 méthodes pour se souvenir, éditions le cherche midi et de Les Brumes de Montfaucon, éditions Casterman. |
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“- M’dame, vous l’avez lu ce poème-là ? Un instant alors, porté par l’émotion de Khadidja, lycéenne de ZEP à Toulouse, le Dormeur du val se releva de la mort et de l’oubli. Auteure notamment de Mesdemoiselles de la Vengeance, parution en octobre 2009 de Une seule Terre pour nourrir les Hommes, éditions Gallimard Jeunesse |
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L’adolescence, ce n’est ni un visage plein d’acné, ni faire la gueule en famille ! Auteure notamment de Rouge Métro, éditions du Rouergue (2007) et Un amour prodigue, collection Photoroman aux éditions Thierry Magnier (2009) |
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Matthieu - Arthur, tu es un ado, toi ? Hein ? On peut dire ça ? Tu es un ado ? Auteur de Le Flux, éditions Le Fond du tiroir et La Mèche, Castells éditions |
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À seize ans, j’ai décidé d’être prof et de me consacrer… aux adolescents. Auteur de Mort sur le Net, éditions Rageot |
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L’adolescence résonne comme l’infini des possibles. Soudainement, tout est offert dans une promesse enivrante de liberté. On se dit qu’on peut tout ressentir, tout jouer, tout essayer, tout traverser et on oublie qu’à vouloir tout vivre on peut y laisser sa peau. Auteure de On est pas sérieux quand on a quinze ans, éditions Flammarion et Rimbaud une vie en enfer, chez Oscar |
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Auteure de la collection Okissé, éditions QUÆ/INRA
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Ambivalence. Je veux tout et son contraire. Mais je le veux vraiment ! Auteure de Les ados : le mystère expliqué, éditions Favre |
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Lycée Edgard Quinet, 1961 Lundi matin, les 1500 filles entrent une par une dans le bâtiment sous le regard impitoyable de Madame la Directrice. La procession classe par classe n’en finit pas et on se gèle en attendant son tour. Remarquez, on ne s’ennuie pas. Chacune raconte tout bas les potins du week-end et Madame la Directrice crachote ses commentaires dans le micro. Commentaires virulents qui déclenchent des fous rires silencieux. Auteure de La liberté Juliette, éditions Gulf Stream
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Je revenais du collège et, en gravissant la côte qui menait chez moi, je me suis mise à songer, je ne sais pourquoi, à l’an 2000. Auteure de A vos risques et périls et Le monde attend derrière la porte, éditions Thierry Magnier |
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Au-delà de leurs fringues informes, au-delà de leurs poings serrés, au-delà de leurs regards obliques, leur soif de plus en plus vertigineuse d’échanges. Auteure de Trop moche pour toi, éditions Mijade |
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Je ne crois pas à l’adolescence. Auteur de Les Légions Dangereuses, éditions Mnemos
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Il avait l’impression qu’on lui avait coupé un bras, arraché le cœur. Une partie de lui-même manquait. Cruellement. Sa vie devenait un cauchemar. Pire, elle n’était plus qu’un cache-mort… (Extrait de Mon cheval Ma liberté. Le héros vient de perdre son meilleur ami.) Auteur de Mon cheval Ma liberté, éditions Flammarion, signé sous le pseudo Metantropo |
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J’ai senti ma gorge se nouer et mes larmes prêtes à jaillir en même tant qu’une page se tournait à l’intérieur. J’étais en plein dans le blanc, juste entre deux chapitres. Devant tout le monde, je cherchais mes mots, mes gestes, je n’ai pas trouvé. C’est la faute à la vie qui ne prévoit pas de brouillon. Du coup, elle est pleine de ratures, de pâtés, de choses qu’on aurait voulu éviter. Auteure de Chevalier B., éditions Sarbacane |
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J’ai beau être mère et grand-mère, je ne suis toujours pas guérie de mon adolescence. Pour rien au monde je ne voudrais revivre ces années interminables où je naviguais, le cœur au bord des lèvres, seule et impuissante, au milieu des vagues hostiles. Mais je suis aujourd’hui convaincue que la rage est salutaire. Elle a nourri tout ce que j’ai réalisé depuis et m’a rapprochée de ma vraie famille, celle des éternels révoltés. Auteure de Moi, Delphine, 13 ans, éditions Pocket |
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Quand j’étais ado, je n’étais pas très beau, et un peu mal dans ma peau… J’ai compris plus tard que c’était une période « chrysalide ». Ce n’est pas un moment facile à vivre, on souffre, on s’agite, on se sent étrange et incompris et puis un jour, comme par magie, on réalise que c’est du passé. Ouf !… Auteur de Histoire de la Baie James, collection Grandir, 9/12 ans
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Mon petit frère était tombé dans l’allée. Quand je me suis précipitée pour le relever, sa bouche écarquillée en hurlements ressemblait au four noir de la cuisine. Pour le consoler, je l’ai pris dans mes bras, et je l’ai emmené vers le bac à sable, tout au fond du jardin. Agenouillée à côté de lui, j’ai commencé à creuser des routes et des tunnels pour ses petites voitures, et tout de suite il s’est mis à rire et à jouer, avec ses joues encore mouillées de larmes. En me redressant pour aller chercher de l’eau, j’ai aperçu à travers la haie, derrière le massif de rhododendrons, papa qui embrassait la voisine. Toute sa bibliographie sur http://www.fgrard.com |


























Christophe Loupy



